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Rester en carafe

rester en carafe

D’où vient l’expression « rester en carafe » ?

Celui qui « reste en carafe » est abandonné. Il est oublié et reste en plan.

Cette expression date du 19ème siècle. Dans le langage argotique la « carafe » désignait la bouche ou la gorge, qui à l’image de la carafe accueille des liquides variées. Mais cette zone de notre anatomie nous sert aussi à parler. Or quand les mots manquent lors d’un discours ou d’une prise de parole quelconque, on reste bouche bée. Les mots font défaut. Celui qui voudrait s’exprimer peut alors connaitre un sentiment d’abandon. Le lien est donc établi entre la bouche c’est à dire la carafe, et le fait d’être en plan.

Par la suite on a utilisé cette locution en dehors du strict domaine de l’expression orale pour toute personne qui est laissée seule; par exemple dans le milieu cycliste quand un coureur connait une crevaison sans pouvoir être dépanné rapidement. Il peut alors avoir l’air cruche !

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Au temps pour moi

au temps pour moi

Pourquoi dit-on « au temps pour moi » ?

Cette locution permet à une personne de reconnaître son erreur et d’adapter son avis en fonction de cette celle-ci. S’il est fréquent de voir écrit « autant pour moi », l’Académie française est formelle : l’orthographe à retenir est « au temps pour moi ». Et cette orthographe découle précisément de l’origine de l’expression.

Dans le langage militaire, l’injonction « au temps ! » est utilisée pour commander la reprise d’un mouvement depuis le commencement. L’idée est donc de reprendre pour corriger. Ainsi il est naturel que cette injonction appliquée à soi-même se traduise par « au temps pour moi ».

Quant à la version familière « autant pour moi », largement employée de nos jours, personne n’est capable de la dater avec précision. Certains comme Maurice Grevisse, avancent même qu’elle est antérieure à celle orthographiée « au temps » ; alors que pour d’autres linguistes les deux versions doivent être considérées comme distinctes.

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Sur le carreau

sur le carreau

Quelle est l’origine de l’expression « sur le carreau » ?

Rester ou être « sur le carreau » consiste à être dans une situation difficile, laissé de côté voire vaincu.

Plusieurs hypothèses existent quant à l’origine de cette expression, dont celle évoquant le « carreau » de la mine. Il s’agit de l’endroit d’où les mineurs étaient appelés pour descendre travailler sous terre. Ceux qui ne l’étaient pas ne rejoignaient pas le groupe. Mais chronologiquement cette explication ne tient pas. En effet une forme ancienne de « sur le carreau » apparait dès le 15ème siècle.

En revanche au 12ème siècle on se met à désigner par le terme « carreaux » les pavés de terre cuite utilisés pour les sols et sur lesquels gisaient les personnes décédées.

On dit enfin que le carreau serait celui du jeu de paume. Durant une partie, lorsqu’un des joueurs tombait pour parvenir à taper la balle, il perdait le point. Il restait donc sur le carreau !

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Être un pigeon

Un pigeon

D’où vient l’expression « être un pigeon » ?

Celui qui est ou passe pour un pigeon, s’est fait duper. Pourquoi donc cette métaphore animale fait du pigeon une victime dès le 15ème siècle ?

A l’origine le mot « dupe » est une déformation de la « huppe », un oiseau fort apprécié par les classes aisées de l’époque et possédant une crête imposante. Lui ôter sa huppe, le « dé-hupper » donc, consistait à le plumer, rapidement devenue « duper ». Appliquée aux hommes, celui qui s’est fait plumer à bien été victime d’une malhonnêteté, d’un mauvais tour.

Mais le pigeon étant moins rare que la huppe, il a vite servi à désigner le « dupe », celui qui s’est fait avoir et qui en conséquence est parfois la cible de moqueries.

A noter par ailleurs qu’au Moyen Âge les pigeonniers étaient signes de richesse. Certains pouvaient tromper sur le nombre de volatiles en leur possession pour tromper autrui sur leur fortune personnelle.

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Joindre les deux bouts

joindre les deux bouts

Quelle est l’origine de l’expression « joindre les deux bouts » ?

Avoir des difficultés à joindre les deux bouts signifie avoir des fins de mois difficiles, se trouver dans une situation financière problématique.

Cette expression trouverait son origine dans une mode vestimentaire datant du XVIème siècle, la collerette. A cette époque la tendance des cols montants à dentelle pour les femmes gagne les hommes. Au milieu du siècle la collerette devient un accessoire distinct de la chemise et prend le nom de « fraise ». Elle devient rapidement un signe de réussite sociale et financière.

Aussi certains nobles peu fortunés se faisaient confectionnés des fraises démesurément grandes pour laisser croire à une immense richesse. Mais en conséquence cela élargissait considérablement la taille de leur tour de cou une fois habillé. Aussi durant les repas, leur serviette, dont il n’avait pas ajusté la taille proportionnellement à celle de la collerette, se trouvait être trop petite pour être nouée. Ils avaient donc au sens propre du mal à «joindre les deux bouts».

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De derrière les fagots

de derrière les fagots

Pourquoi dit-on « de derrière les fagots » ?

On dit que quelque chose sort de « derrière les fagots » pour souligner son caractère surprenant ou précieux. Cette expression est apparue au XVIIIème siècle au sujet du vin.

Les bouteilles des meilleurs crus étaient alors conservées derrière des fagots de bois afin de les protéger de la convoitise d’éventuels visiteurs, mais aussi pour maintenir les conditions optimales de leur conservation y compris durant les rudes mois d’hiver. Ces fagots servaient par ailleurs à faire démarrer les feux dans les cheminées.

Quant aux bouteilles elles étaient réservées aux grandes occasions ; idée d’excellence et de rareté que l’expression évoque parfaitement encore de nos jours. Mais progressivement le sens de cette expression s’est élargi et diversifié au point de ne plus être strictement limité au domaine viticole. Elle permet aujourd’hui de mettre en évidence la préciosité de toutes choses.

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De joyeux drilles

de joyeux drilles

Pourquoi dit-on « de joyeux drilles » ?

« De joyeux drilles » désignent d’heureux camarades.

Si l’adjectif « joyeux » ne pose pas de difficulté, « drille » semble plus énigmatique. Au 17ème siècle il sert à nommer les militaires quelque peu vagabonds. Rarement seuls ils se déplaçaient en groupe. Fréquemment éméchés, ils avaient la réputation d’être des fêtards qui se comportaient entre eux comme de bons camarades, s’aidant mutuellement quelles que soient les situations rencontrées.

Dès lors on comprend pourquoi l’image des joyeux drilles, ces compagnons rigolards, qui a traversé les siècles reste positive malgré leurs éventuels méfaits.

Aujourd’hui les « joyeux drilles » qui ne sont plus seulement des soldats, peuvent être parfois qualifiés de « joyeux lurons ». Certains affectionnent encore cette autre expression légèrement surannée au sens approchant, « Roger Bontemps », pour désigner plus spécifiquement une personne qui vit dans la bonne humeur, sans souci.

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De Charybde en Scylla

Charybde en scylla

Quelle est l’origine de l’expression « de Charybde en Scylla » ?

Aller ou tomber de « Charybde en Scylla » signifie depuis le 14ème siècle, n’éviter un mal ou danger que pour en rencontrer un autre de plus grande ampleur. Autrement dit « aller de mal en pis ». L’expression peut paraitre énigmatique.

Dans la mythologie grecque, Charybde et Scylla sont deux monstres marins. Ils se trouvent dans la zone du détroit de Messine, qui en mer Méditerranée sépare la péninsule italienne de la Sicile.

Charybde est un tourbillon, alors que Scylla est un écueil. Ils sont mentionnés dans l’Odyssée quand Circé décrit à Ulysse la route à suivre. Ces deux dangers menaçaient donc les marins qui utilisaient cette route. Ceux qui cherchaient à éviter le premier périssaient immanquablement en s’écrasant sur le second. Ulysse lui-même y perdit six de ses marins.

Aujourd’hui encore ce détroit constitue un réel danger pour les navigateurs en raison de puissants courants.

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Un mauvais coucheur

un mauvais coucheur

Pourquoi dit-on « un mauvais coucheur » ?

« Un mauvais coucheur » est une personne désagréable, difficile à vivre et dont la sociabilité est limitée. Cette expression date du début du XIXème siècle mais fait référence à une époque bien plus ancienne encore.

Au XVIème siècle dans les auberges, il était de coutume pour les quidams de dormir à plusieurs dans le même lit. On partageait ainsi sa couche de manière aléatoire avec d’autres voyageurs. Frappé de malchance, vous pouviez passer une nuit fort agitée si votre compagnon ronflait ou bougeait beaucoup. Ces personnes remuantes ou bruyantes furent appelées « mauvais coucheurs », et pouvaient par ailleurs montrer leur irascibilité si la remarque leur en était faite.

La pratique de partager son lit a bien disparu au cours des siècles suivants, mais le langage en a conservé la trace comme une marque de compassion à l’égard de ceux qui, il y a des siècles, eurent à subir le comportement nocturne de leurs semblables.

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Pleurer comme une Madeleine

pleurer comme une Madeleine

Quelle est l’origine de l’expression « pleurer comme une Madeleine » ?

Celui qui « pleure comme une madeleine », pleure abondamment sans pouvoir s’arrêter. On note la première utilisation de cette expression au XIXème siècle dans La Comédie Humaine d’Honoré de Balzac.

« Madeleine » n’est pas ici une référence au délicieux petit gâteau traditionnel lorrain mais à la personne de Marie-Madeleine dans la Bible.

Ancienne prostituée, elle se confessa à Jésus et pleura tant sur ses pieds qu’elle les lava avec ses larmes, avant de les sécher grâce à ses cheveux.

Par la suite, alors que Jésus avait disparu de son tombeau, elle pleura devant celui-ci et une fois à l’intérieur, encore en larmes, vit deux anges vêtus de blanc avant de voir apparaitre Jésus Christ lui-même qui l’interrogea sur la raison de ses sanglots.

Elle devint ainsi une référence naturelle pour qui désire souligner le caractère intarissable d’une crise de larmes.