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Langue de bois

langue de bois

Pourquoi dit-on une « langue de bois » ?

Pratiquer la langue de bois consiste à éviter d’énoncer une réalité par le recours à des tournures de phrase d’ordre général. La langue de bois permet ainsi de détourner une conversation pour éviter de répondre à des questions gênantes.

Cette expression date du XXe siècle en Russie. Avant la révolution on parlait en effet de « la langue de chêne » pour désigner la bureaucratie tsariste, et plus généralement une administration trop lente, trop codifiée et dure, justement tout comme l’arbre.

Ensuite la locution est passée en Pologne pendant le mouvement Solidarność qui la modifie à son tour. Elle devient ainsi « langue de bois » dans ce pays, où elle sert à critiquer le régime soviétique. Elle est ensuite reprise par les journaux français.

Il s’agit donc d’une expression très récente dans notre pays. Elle n’a que 30 ou 40 ans et s’utilise aujourd’hui le plus souvent dans le domaine du discours politique.

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Les absents ont toujours tort

les absents ont toujours tort

D’où vient l’expression « les absents ont toujours tort » ?

Cette expression est très courante mais savez-vous pourquoi les absents ont tort ? Est-ce parce qu’ils ont commis la faute de ne pas être là et se voient en conséquence punis par condamnation a priori de leurs opinions ? Ou bien est-ce parce qu’ils ne peuvent pas se défendre et argumenter leur position ?

Cette seconde explication est la bonne. L’absent est toujours fautif car il n’est pas en mesure de défendre ses intérêts, d’expliquer son point de vue ou sa décision.

Par une formule assez proche les Latins disaient : Absens hoeres non erit, c’est-à-dire « l’absent ne sera pas héritier ».

Mais l’expression qui nous occupe date elle, du 18ème siècle. A cette époque on dit d’ailleurs plutôt : « les os sont pour les absents ». Ce qui signifiait qu’en raison de leur absence ils ne pouvaient pas partager le repas et que par conséquent on leur laissait la part la moins enviable, les os.

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A la bonne franquette

à la bonne franquette

Pourquoi dit-on « à la bonne franquette » ?

Passer une soirée “à la bonne franquette” signifie sans complications, sans chichi ni manières inutiles. Si une invitation se passe « à la bonne franquette » alors les petits plats ne sont pas mis dans les grands !

Dès le 17ème siècle on trouve l’expression « à la franquette ». Le mot « franquette » vient de « franc » qui est d’origine normande. La locution est utilisée à cette époque pour dire « en toute franchise ». Un siècle plus tard elle est remplacée par « à la bonne franquette » et prend dès lors le sens de « en toute simplicité ».

Mais il faut ajouter que Jean Maillet souligne que jusqu’à la fin du 18ème siècle, le peuple disait « parler à la franquette » ou « agir à la franquette » pour exprimer l’absence de manières et façons.

Il semble aussi qu’avant le mot « franquette » on utilisait celui de « Flanquette ». « « Agir à la flanquette » signifiait donc « agir franchement ». La lettre «L » ayant par la suite était roulée en « R ».

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Amuser la galerie

amuser la galerie

Quelle est l’origine de l’expression « amuser la galerie » ?

« Amuser » ou « épater » la galerie consiste à faire rire le public.

Cette expression au caractère légèrement péjoratif a une origine sportive et date du 17ème siècle. Le tennis et d’autres jeux de raquettes viennent du jeu de paume, jeu pratiqué depuis un millénaire. Le long des terrains de ce jeu, dont les joueurs sont munis d’une raquette que depuis le début du 16eme siècle, se trouvait une galerie. Elle accueillait les spectateurs.

Rapidement le mot « galerie » s’est mis à désigner non plus seulement la structure accueillant le public mais le public lui-même.

Pour amuser les spectateurs, la galerie donc, les joueurs du jeu de paume réalisaient des acrobaties et tentaient d’effectuer des coups spectaculaires. Puis dans un élargissement progressif et continu de sa signification, l’opinion publique.

Pour la petite histoire la France commença à délaisser le jeu de paume dès le 18ème siècle.

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Une vie de bâton de chaise

une vie de bâton de chaise

Pourquoi dit-on « une vie de bâton de chaise » ?

« Mener une vie de bâton de chaise » signifie mener une vie agitée, désordonnée.

L’expression a une origine incertaine. Mais on l’explique généralement de la façon suivante. Les « bâtons de chaise » sont les bâtons de chaise à porteurs sous l’Ancien Régime. Celles-ci présentaient en effet deux bâtons latéraux qui servaient à porter littéralement la chaise et son passager.

Or pour déplacer le tout il fallait fréquemment manipuler ces bâtons. Ils avaient la vie dure. Ils étaient soulevés, tirés, posés, courbés. Et par analogie on se mit à décrire une vie à l’activité excessive en ayant recours à cette image.

Si on date cette expression de la fin du 19ème siècle, date à laquelle les chaises à porteurs avaient disparu, c’est tout simplement que de nombreux spectacles relataient alors la vie de cette époque, donnant une actualité à ce mode de déplacement pourtant disparu. D’où la référence anachronique aux bâtons de chaise.

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Le jeu en vaut la chandelle

le jeu en vaut la chandelle

D’où vient l’expression « le jeu en vaut la chandelle » ?

L’origine de cette expression date du 16ème siècle. A cette époque les foyers s’éclairaient à la bougie. L’électricité n’existait bien sûr pas encore. Pour passer le temps ou s’adonner à son vice les gens pouvaient le soir jouer aux cartes ou aux dés. Pour y voir quelque chose il leur fallait s’éclairer à la bougie ou à la chandelle.

Mais éclairer ces parties de jeux nocturnes avait un coût. Ainsi les joueurs n’étaient prêts à consentir à payer pour cet éclairage que si les montants des gains potentiels étaient élevés. Il fallait pouvoir espérer gagner une grosse somme ou au moins rentrer dans ses frais.

Si les gains potentiels n’étaient pas énormes et pour pouvoir quand même jouer les participants aux revenus modestes donnaient une petite somme à celui qui avait accueilli la partie en dédommagement du coût des chandelles. Mais s’ils n’avaient vraiment pas de chance au jeu alors celui-ci n’en valait pas la chandelle !

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Payer en monnaie de singe

payer en monnaie de singe

Pourquoi dit-on « payer en monnaie de singe » ?

Cette expression qui signifie « ne pas payer réellement » voire « escroquer » trouve son origine dans une pratique du 13ème siècle.

A cette époque sous le règne du roi Saint-Louis, on mit en place une nouvelle taxe pour passer sur le Petit-Pont reliant à Paris l’île de la Cité au quartier Saint-Jacques. Toute la population devait ainsi s’acquitter de cette taxe.

Mais une catégorie de personnes en était exemptée : les forains ou jongleurs qui possédaient un singe en raison de leur activité professionnelle.

Ceux-ci pouvaient en effet se présenter au « péage » et faire réaliser un numéro à leur animal et ce afin de passer sans débourser un centime. Le spectacle donné divertissait celui qui était chargé de collecter le droit de passage et le propriétaire du singe pouvait passer librement. Il franchissait le pont sans payer car il avait précisément payé en monnaie de singe.

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Ménager la chèvre et le chou

ménager la chèvre et le chou

D’où vient l’expression « ménager la chèvre et le chou » ?

Ménager la chèvre et le chou consiste à satisfaire deux avis ou intérêts divergents.

L’usage du verbe « ménager » se comprend aisément. Il s’agit de prendre soin.

Cette expression née au 13ème siècle décrit la difficulté qu’il y a, en présence d’une chèvre et d’un chou, à maintenir le chou intact et la chèvre calme. Leurs intérêts sont opposés. Si on ne fait rien la chèvre dévorera le chou rapidement. Il faut donc une grande habileté pour garantir la sécurité du chou !

Pour certains l’expression trouverait son origine dans problème à résoudre intellectuellement. Si on fait traverser une rivière à un loup, une chèvre et un chou dans une barque ne pouvant contenir qu’un d’entre eux il convient de ne pas laisser sur la rive, le loup et la chèvre ou la chèvre et le chou. Il faudrait dès lors faire passer la chèvre, revenir pour transporter le chou et le déposer, pour ensuite repartir avec la chèvre. Puis laisser la chèvre et prendre le loup avant de revenir enfin chercher la chèvre.

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Ça sent le roussi

ça sent le roussi

Quelle est l’origine de l’expression « ça sent le roussi » ?

Une situation sent le roussi si un problème ou un danger s’annonce. L’expression s’utilise généralement au cours d’un processus dont la tournure n’apparait pas favorablement. L’évolution des évènements est alors inquiétante.

Cette expression date du 19ème siècle. A cette époque elle est utilisée pour parler d’individus dont les opinions choquantes et la vie privée contraire aux bonnes moeurs ou à la morale, les mettaient au ban de la société. Leur comportement faisait peser sur eux le risque de finir dans les flammes de l’enfer. L’odeur du roussi parvenait déjà aux narines des commentateurs.

Il ne faut pas la confondre cette expression avec « ça sent le sapin » qui fait référence à l’utilisation répandue dès le 17ème siècle, du bois de sapin pour la fabrication des cercueils. A tel point qu’on surnomma le cercueil, « redingote de sapin ». Il apparut donc naturel de mentionner la proximité olfactive de ce bois dès lors que le décès d’une personne semblait imminent.

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Payer les violons

payer les violons

D’où vient l’expression « payer les violons » ?

« Payer les violons » signifie faire les frais d’une situation alors qu’une autre personne en tire les profits. Il s’agit donc d’une expression ironique pour dire que quelqu’un a eu tout l’embarras d’une situation quand des tiers en ont eu, eux, tous les bénéfices.

Elle trouve son origine dans la locution latine « Delirant reges, plectuntut archivi » dont la traduction littérale est : « les grands font des fautes et le peuple en porte la peine ».

Molière l’utilise dans sa pièce la « Comtesse d’Escabagnas ». Dans la scène II un des personnages dit : « Je ne sais de quelle façon M. Tibaudier a été avec vous, mais M. Tibaudier n’est pas un exemple pour moi et je ne suis pas d’humeur à payer les violons pour faire danser les autres. ».

La tradition à l’époque consistait à donner des sérénades sous les balcons de celle que l’on voulait conquérir. Or il arrivait bien sûr que celui qui payait les violons ne soit pas récompensé par la belle !